Lettre adressée à Monsieur le Président Macron

 

Monsieur le Président, la France est devenue un Etat-volcan : reculez avant qu’il n’entre en éruption !

 

L’exaspération, la révolte, la lassitude, le dégoût des Français face à des réformes qu’ils considèrent comme injustes a peut-être atteint son point culminant avec votre réforme des retraites. Cette colère des Français provient tout autant du contenu de ces politiques elles-mêmes que de leurs conséquences sur leur existence par les justes révoltes qu’elles entraînent.

La grève des transports ne pourra pas être supportée très longtemps par nos concitoyens exsangues, qui peut-être dirigeront leur colère contre leurs responsables politiques et non contre les syndicats, comme vous l’espérez sans doute.

Il est inutile de rappeler dans ce courrier tout ce que les Français ont à perdre avec cette réforme des retraites, puisqu’une large majorité d’entre eux l’a très bien compris, dans une société de plus en plus éclairée et de plus en plus difficile à manipuler.

D’une manière plus générale, notre pays est aujourd’hui dans l’impasse parce qu’une majorité nette et constante de citoyens désapprouve votre politique économique, qui s’inscrit dans le Système néolibéral que nous subissons depuis des décennies, et qui n’inspire plus aucune confiance car il n’a produit que déclin et montée des inégalités en France. Votre force apparente ne tient qu’à l’absence d’offre politique alternative (pour l’instant) sur laquelle pourrait se rejoindre vos opposants.

Mais votre pouvoir et celui des classes sociales dominantes, sont néanmoins bien fragiles dans un régime qui n’a pas les moyens d’être un régime autoritaire. La répression policière qui s’est abattue sur les manifestants opposés au Système depuis le mouvement des Gilets Jaunes, ne garantit pas que les policiers, trop peu nombreux et trop peu motivés avec leurs conditions de travail détestables, soient prêts à risquer leur vie pour vous protéger, vous et les autres dirigeants politiques, face à une foule nombreuse, hostile et déterminée. Avoir négocié avec leurs syndicats le maintien de leur régime de retraite ne sera peut-être pas suffisant.

Si le Système n’a pas les moyens de former un régime autoritaire, il ne peut plus se contenter comme avant d’une démocratie de façade. Toutes les manœuvres politiciennes cyniques habituelles ont été à l’œuvre avec cette réforme des retraites mais décodées sans peine par de nombreux Français. Plus les députés et ministres manient maladroitement la langue de bois dans les médias pour tenter de masquer ce cynisme, et plus cela renforce l’exaspération des Français pris pour des imbéciles. Ces manœuvres sont notamment : 

-le simulacre de concertation avec les organisations syndicales : M. Delevoye s’occupe de la réforme des retraites depuis 27 mois, et il n’a pas trouvé le temps de négocier avec les syndicats pendant ce temps-là ? Et pas davantage quand ceux-ci ont annoncé leur grève générale trois mois à l’avance ?

-ensuite, la stratégie du pourrissement du mouvement social au mépris total de la souffrance vécue par les usagers des transports victimes de la grève. Le Premier Ministre impose ses lignes directrices mais prétend ouvrir la porte aux organisations syndicales pour de nouvelles propositions !

-la soumission aux lobbies économiques dominants, quand seul le Medef approuve cette réforme, et que M. Delevoye est aux prises avec de multiples conflits d’intérêts. La baisse des pensions de retraites à verser permettra surtout de diminuer encore et toujours les cotisations sociales patronales avec des mesures telles que le CICE, au coût exorbitant pour les finances publiques malgré des créations d’emploi dérisoires.

-les contrevérités grâce à des chiffres tordus dans tous les sens, pour faire croire à un déséquilibre financier du régime, et de fausses simulations des pensions de retraite, pour faire croire qu’elles ne baisseraient pas avec le nouveau régime.

-l’incontournable mesure sociale : sur 100 personnes, on donne un petit peu à l’une d’elle qui est défavorisée, pour faire croire aux 99 autres qui sont largement spoliées que la mesure est « sociale ». Ici, la mesure sociale c’est quelques euros en plus pour garantir à quelques personnes ayant cotisé sans interruption de carrière au SMIC le minimum contributif de 1000 euros.

-des promesses fumeuses qui n’engagent que ceux qui y croient, comme toutes les promesses politiques, sauf que plus personne n’y croit : « nous voulons à tout prix sauver le régime par répartition » ; « nous garantirons aux enseignants de fortes augmentations de salaire pendant leurs 43 ans de carrière pour que leurs pensions ne diminuent pas », dixit un Premier Ministre qui ne sera plus là dans deux ans et sera sûrement remplacé par un autre représentant du Système, qui considère les fonctionnaires comme des ennemis à abattre.

Dès lors, comment gouverner des citoyens qui ne font pas confiance à leurs dirigeants ? Comment asseoir votre pouvoir et préserver le Système au-delà de votre ou vos quinquennats, lorsqu’il est contesté par des citoyens qu’on ne peut ni contraindre ni manipuler ? Et est-ce cela le souvenir que vous voulez laisser dans l’Histoire ? Celui d’un Président qui a gouverné contre le Peuple ?

Les citoyens qui approuvent cette lettre espèrent que non, et vous demandent de sortir la France de cette crise politique où vous l’avez plongée.

Ils vous demandent d’écouter un peuple en colère face à une élite arrogante qui semble toujours penser que le peuple n’est pas à sa hauteur, lorsqu’il refuse de se faire exploiter ou spolier par les forces capitalistes dominantes.

Nous vous demandons de retirer cette réforme des retraites et de demander sa démission au Premier Ministre, dans un premier temps. Le nouveau gouvernement nommé aura pour tâche de bâtir un véritable nouveau contrat social entre les Français, et pas un simulacre de Grand Débat comme avec la crise des Gilets Jaunes. L’assemblée nationale sera bien sûr dissoute et des élections législatives auront lieu si elle n’approuve pas cette nouvelle politique générale du gouvernement.

A défaut, nous ferons tout à long terme pour vous faire battre dans les urnes et empêcher votre réélection en 2022. A court terme, nous sommes prêts à manifester sans relâche notre colère pour vous rappeler que le principe de la République française est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple !

Monsieur le Président, reculer ne serait pas une marque de faiblesse, mais une preuve de réalisme. A force de trop tirer sur la corde, elle risque de se casser : on ne dirige pas un pays tel que la France comme une start up.

Avec tout mon respect pour votre fonction,

Un(e) Citoyen(ne) en colère