La société bloquée

La France est aujourd’hui une société bloquée, qui ne parvient pas en particulier à relever à la fois son défi de surendettement et de sous-investissement. Les politiques d’austérité budgétaire sont une impasse, mais nous ne disposons plus des ressources suffisantes pour mener des politiques de relance de la consommation des ménages ou de l’offre des entreprises : les effets utiles des dépenses ou des pertes de recettes consenties par l’Etat pour avantager un acteur économique d’un côté, sont contrebalancées par des pertes d’efficacité économique ailleurs. Chercher à mieux allouer les richesses créées sur le sol national ne permet plus de générer de la croissance économique.

Le diagnostic de nos problèmes est bien connu, et certaines réformes dites structurelles sont consensuelles.

Mais les réformes structurelles exigent d’être financées alors qu’elles ne montrent leurs effets positifs sur l’économie que sur le long terme. Surtout, l’Etat ne parvient plus à imposer l’intérêt général face aux intérêts particuliers. La démocratie devient « une société politique de marché », c’est-à-dire que son fonctionnement politique est la résultante des initiatives et des revendications des différents acteurs, au terme d’un processus d’agrégation autorégulé. Les gouvernants ne sont plus là que pour veiller à la préservation de la règle du jeu et assurer la bonne marche du processus.

Des gouvernants qui poursuivent les mêmes stratégies d’adaptation aux contraintes de la mondialisation depuis plusieurs années, alors que ces stratégies se révèlent inefficaces.

Ainsi, la baisse du coût du travail, coûteuse pour les finances publiques, génère des effets d’aubaine pour les entreprises, sans permettre une amélioration sensible de leur compétitivité.

La baisse des dépenses publiques n’est pas non plus la voie la plus facile à emprunter car les dépenses publiques sont rigides à la baisse ; les dépenses privatisées ne sont pas forcément plus efficaces que les dépenses socialisées ; et la dépense publique joue le rôle utile de stabilisateur macroéconomique (elle amortit les chocs en période de crise en soutenant l’activité économique).

La baisse des recettes fiscales est en réalité la première cause de l’appauvrissement national et européen, puisque la mondialisation économique favorise la mobilité du capital vers les territoires où il est le mieux rémunéré.

L’évasion fiscale, des entreprises et des particuliers, représente notamment une perte estimée à 70 Md€ par an en moyenne. Avec 70 Md€ par an de recettes fiscales supplémentaires, l’imposition des classes populaires et moyennes, pourrait être considérablement réduite, au lieu d’être augmentée.

« Récupérer » la richesse produite sur notre sol et qui s’en échappe, est donc bien l’enjeu majeur pour retrouver notre souveraineté économique.