Zone Euro : pouvoir faire face à une dissolution éventuelle

L’intérêt principal d’une sortie de la zone euro et du retour au franc serait pour ses partisans de pouvoir ainsi dévaluer notre monnaie, et gagner en compétitivité-prix par rapport en particulier aux produits allemands et de la zone dollar. Ils contestent les arguments des partisans de l’euro sur l’inflation qui en serait la conséquence, la montée possible de l’endettement public et privé, la fuite du patrimoine des épargnants, conduisant peut-être à une panique bancaire dans les scénarios les plus catastrophistes.

 

Pour les adversaires de l’euro, la monnaie unique est un facteur essentiel de la crise économique. Pourtant, les pays extérieurs à la zone euro tels que le Royaume-Uni connaissent aussi la crise et n’ont pas été exonérés de suivre des politiques d’austérité pour « rassurer » les marchés financiers.

En réalité, la sortie de l’euro, compte tenu du choc économique qu’elle représenterait, et même si ses conséquences sont incertaines et controversées, ne peut être motivée par le seul intérêt de disposer d’une monnaie plus faible. En effet, les dévaluations monétaires à répétition ne permettent pas de résoudre les problèmes de compétitivité à long terme d’une économie. Si la France quittait la zone euro, cela signerait probablement la fin de l’euro et les pays méditerranéens de la zone disposeraient d’une monnaie plus faible que la nôtre, ce qui limiterait l’intérêt d’une dévaluation. Une sortie de la France de la zone euro inciterait en effet les pays du Sud de la zone, qui souffrent aussi d’une monnaie surévaluée par rapport à leur économie, à en sortir. Ils pourraient de nouveau faire face à une envolée des taux d’intérêt sur les dettes publiques. En effet, la crise de 2011 a été enrayée grâce à la création d’un fonds de garantie, destiné à rassurer les marchés financiers, et dans lequel la France joue un rôle important par sa puissance économique. Si des pays font défaut sur le paiement de leur dette, les autres pays, dont la France, paieront à leur place. Le retour au franc mettrait sans doute en péril ce dispositif.

 

Le véritable intérêt d’une sortie de la zone euro réside surtout dans la possibilité de se dégager du joug exercé par les marchés financiers dans le financement de l’économie des Etats. En effet, la crise des dettes souveraines dans la zone euro et la politique d’austérité budgétaire qu’ont indirectement imposés les créanciers des Etats de la zone, incitent à rendre notre économie moins vulnérable à l’éventualité d’une dissolution de la zone euro. Si aujourd’hui les taux d’intérêt sur les dettes souveraines ont baissé grâce aux gages d’austérité budgétaire donnés aux marchés financiers, la contrainte sur la souveraineté de la France qu’exerce la monnaie unique, et les déséquilibres économiques que l’euro a engendré entre le Nord et le Sud de la zone, posent toujours la question de son opportunité.

 

De toute façon, la zone euro n’est pas viable et la réforme de son fonctionnement n’est pas une solution politique réaliste. Pour rapprocher la zone euro d’une zone monétaire optimale, il faudrait qu’elle fasse un « saut fédéral », en particulier par des transferts budgétaires des pays exportateurs du nord de la zone vers les pays du sud plus en difficulté. Il faudrait aussi une émission commune de titres de dettes souveraines. Mais comme les pays de la zone se livrent une guerre économique sans merci, cette solidarité n’est guère envisageable. Dit autrement, la zone euro ressemble à un individu dont les deux jambes marchent dans des directions opposées : l’une vers le fédéralisme, et l’autre vers le libéralisme. De cette incohérence finira peut-être par surgir l’implosion de la zone euro dans une crise aigüe ou, avec de la chance, une dissolution concertée des pays membres pour fixer le cadre juridique et les taux de change entre les nouvelles monnaies nationales.

 

En résumé, les principaux avantages et inconvénients d’une sortie de l’euro sont les suivants :

1-Les avantages d’une sortie de la zone euro :

 

-améliorer la compétitivité-prix à l’export des produits français, et donc accroître les exportations.

-maintenir les marges des entreprises, contribuant à augmenter leur investissement, car elles n’auraient plus besoin de rogner sur leurs marges pour compenser une monnaie trop forte.

-substituer en France à la consommation de produits importés des produits Made in France devenus en comparaison moins chers.

-réduire la pression des marchés financiers sur la dette publique : la Banque de France pourrait racheter des titres de dette publique sur les marchés financiers et prêter à l’Etat français sans intérêts. Celui-ci serait alors moins vulnérable face aux fonds spéculatifs et grandes banques américaines qui ont lancé des raids spéculatifs en 2011 pour faire tomber la monnaie unique. Un euro fragilisé à la suite d’une crise économique mondiale engendrée par ces mêmes acteurs, qui ont créé les subprimes et propagé la crise par la technique financière de la titrisation. Certes, les monnaies nationales n’ont jamais été à l’abri des attaques spéculatives, mais jamais de conséquences aussi graves que celles de la crise des dettes souveraines de la zone euro en 2011 n’ont été enregistrées.

-ne pas avoir à participer aux plans de renflouement des pays très endettés de la zone euro comme la Grèce.

 

2-Les inconvénients d’une sortie de la zone euro :

-augmentation de l’inflation, et notamment hausse du prix des matières premières et des produits importés qui ne sont pas fabriqués en France, et donc auxquels des produits nationaux ne peuvent se substituer (produits high tech par exemple).

-augmentation du montant de la dette des entreprises souscrites via un contrat de droit étranger. La dette publique ne devrait pas augmenter car elle est souscrite via des contrats de droit national et la règle qui s’appliquerait serait : 1 euro = 1 franc. Mais ce n’est pas le cas de certains contrats des multinationales françaises, qui verraient donc leur dette augmenter. Par malchance, ce sont elles qui détiennent le pouvoir économique en France et influent le plus sur le pouvoir politique.

- risque de fuite de l’épargne : à court terme, en cas d’annonce d’une sortie de l’euro, les épargnants pourraient craindre une dépréciation de la valeur de leur patrimoine et créer une panique bancaire. Les adversaires de l’euro disent que les comptes libellés en euro seraient redénominés en francs, et que rien ne changerait. Les partisans de l’euro prédisent au contraire une multiplication des litiges portés devant des juridictions internationales. De manière générale, le retour au franc irait de pair avec un retour de l’inflation, qui joue plutôt en défaveur du revenu des épargnants. Mais le retour de la croissance économique aurait bien d’autres conséquences favorables sur le pouvoir d’achat de tous, par une baisse des impôts notamment. En revanche, pour les ménages véritablement aisés qui tirent des revenus très importants de leur épargne, le retour de la croissance économique ne compenserait sans doute pas les inconvénients d’une sortie de l’euro.

 

En définitive, qui seraient les perdants d’une sortie de l’euro ? Les banquiers, les grandes entreprises, les épargnants aisés, les créanciers étrangers de l’Etat français. En somme, des acteurs économiques puissants qui pourraient le faire payer à l’Etat par des litiges et surtout une fuite de capitaux, qu’il devrait contrer par des mesures interventionnistes.

 

La sortie de l’euro n’est pas une fin en soi, mais surtout un outil pour mettre fin aux politiques néolibérales de l’Union européenne, source de la concurrence fiscale et sociale acharnée en Europe. La sortie de l’euro permettrait à la France de reprendre le contrôle de sa monnaie et lui permettrait de sortir de l’Union européenne si elle le souhaitait. Mais il faudrait alors que l’économie française soit suffisamment forte pour supporter la disparition de l’euro. Forte notamment grâce au civisme économique défendu sur ce site, avec en particulier la consommation et l’épargne citoyenne.

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