Union Européenne : des Etats souverains pour être vraiment unis dans la diversité

La devise de l’Union européenne est : « Unis dans la diversité ». Pourtant, la construction européenne est aujourd’hui à bout de souffle en raison des désaccords politiques entre ses Etats membres, aux modèles de développement très différents, et qui s’affrontent dans la compétition économique. Cette hétérogénéité des modèles économiques s’est accrue avec la création du marché unique, les élargissements successifs, la monnaie unique et la crise des dettes souveraines. Ces divergences n’ont pu être résolues en raison de l’architecture institutionnelle de l’Union, où les Etats ont à la fois trop de souveraineté pour coordonner leurs politiques économiques, et pas assez pour que chaque pays puisse suivre les stratégies de développement qui lui semble les plus adaptées.

Le libéralisme économique rigide de l’Union a depuis toujours pour garante la commission européenne, dont le pouvoir important témoigne du déficit démocratique de l’Union. Ses représentants ne sont en effet pas responsables de leurs décisions devant les peuples, contrairement aux gouvernements, et l’on connaît le poids écrasant des lobbies dans le fonctionnement des institutions européennes. Ce libéralisme a globalement fragilisé les Etats membres puisque l’Europe a été la région du monde avec la plus faible croissance économique pendant des décennies, bien avant la crise de 2008. Ce modèle économique dessert plus particulièrement les pays du Sud de l’Europe et la France, dont le commerce extérieur est déficitaire. A l’inverse, l’Europe du Nord comprend les pays exportateurs tels que l’Allemagne, qui réalise aujourd’hui les deux tiers de ses excédents commerciaux avec les pays émergents. Entre parenthèses, les machines-outils vendues par l’Allemagne à la Chine lui permettent d’exporter ses produits en Europe, au détriment des emplois européens. Il existe donc des divergences d’intérêts importantes en Europe, surtout au sein de la zone euro.

 

Or, le déclin économique vécu par les pays européens ne les pousse pas aux compromis, encore moins aux sacrifices, pour accepter de faire converger leurs modèles de développement : harmonisation fiscale et sociale, budget commun alimenté par des ressources propres, spécialisation productive commune, politique de recherche et d’innovation commune, etc…. Pour réaliser cette convergence, il faudrait créer suffisamment de richesses pour la financer. Mais l’Union européenne est ouverte sans protection aux pays tiers, et son libéralisme économique sans contrôle politique lui est globalement préjudiciable, surtout pour les Etats membres au commerce extérieur déficitaire. Comme le libéralisme est gravé dans le marbre des traités européens, et que certains pays ne veulent pas remettre en cause les relations économiques de l’Union avec les pays tiers pour préserver leur modèle exportateur, aucun changement à institutions constantes n’est possible.

 

En résumé, l’Union européenne cristallise trois critiques : elle est trop libérale, elle est antidémocratique, elle est incohérente parce que le fédéralisme (qui suppose la solidarité) et le libéralisme (qui entraîne la concurrence) sont incompatibles.

 

Paradoxalement, pour créer à long terme la richesse nécessaire à la construction de l’Europe fédérale, il faudrait aujourd’hui un recul des compétences de l’Union dans le cadre d’un New deal européen, qui laisserait l’opportunité à chaque pays de poursuivre les stratégies économiques les plus adaptées à sa situation : en particulier, la protection de son marché intérieur pour l’Europe importatrice du sud, et la poursuite des politiques exportatrices avec un euro fort pour l’Europe du Nord. Mais cela suppose l’assouplissement des règles du marché unique, c’est-à-dire du dogme de « la concurrence libre et non faussée ».

 

L’Union européenne devrait enfin évoluer vers un système d’alliances à géométrie variable, avec des compétences de l’Union moins étendues qu’actuellement, mais la possibilité de constituer de véritables coopérations renforcées selon les domaines politiques. L’Union perdrait alors certes en cohésion et serait potentiellement moins puissante auprès des pays tiers, mais elle sortirait de l’immobilisme grâce à cette flexibilité institutionnelle, ce qui la rendrait nécessairement plus efficace qu’aujourd’hui dans les faits. 

 

En l’absence de New deal européen, la France pourrait toujours emboîter le pas au Royaume-Uni et renégocier son intégration européenne par une révision des traités.

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