La consommation civique

Le thème de l’achat « civique » de produits fabriqués en France est très présent dans les médias, bien plus qu’il y a quelques années, car il apparaît comme une solution évidente au problème de la crise économique. Sa faisabilité, c’est-à-dire la possibilité de consommer des produits fabriqués en France, ainsi que son efficacité économique, ont pourtant parfois été remis en cause dans le monde médiatique et économique.

Certes, l’existence d’une offre d’articles grand public Made in France variés et à des prix raisonnables est insuffisante dans certains secteurs. Certes, la réglementation européenne n’autorise qu’un marquage d’origine volontaire de la part des fabricants, et ce marquage ne précise pas la part de la valeur ajoutée sous-traitée à l’étranger. Néanmoins, l’étiquetage « Fabriqué en France » se généralise dans les rayons des grandes surfaces et sur les sites de commerce en ligne. Néanmoins, la part française des produits dits fabriqués en France s’élevait à 67.5% d’après le dernier rapport de l’observatoire du Fabriqué en France, un chiffre suffisamment important pour établir un lien entre le marquage Made in France et la localisation des emplois dans notre pays.

L’efficacité économique du Made in France a pourtant été critiquée par certains économistes au motif que l’achat de produits Made in France induit un surcoût que les ménages compenseront en réduisant leur consommation de services, ce qui aurait un effet neutre ou défavorable sur l’emploi. Le surcoût est certes un frein au Made in France puisque les sondages montrent que 66% des Français sont prêts à privilégier le Made in France, mais pour une hausse de prix de 8 ou 10% maximum par rapport aux autres produits. Toutefois, le Made in France est souvent associé à un rapport qualité/prix supérieur à celui de ses concurrents, surtout ceux des pays à bas coût de main d’œuvre. Il peut donc exister un surcoût à l’achat de produits Made in France, mais compensé par une durabilité supérieure des articles. Les produits comportant une part de sous-traitance à l’étranger sont bien sûr associés à moins d’emplois que les produits 100% Made in France, mais ils permettent d’afficher des prix compétitifs. Aussi vaut-il mieux consommer des produits partiellement fabriqués en France que pas du tout.

D’autant que l’intérêt du contribuable peut rejoindre celui du citoyen, car la croissance économique résultant d’un développement de la consommation Made in France génèrerait pour l’Etat des recettes fiscales toujours croissantes. Si celui-ci les redistribuait aux ménages en baisses d’impôt, l’éventuel surcoût de l’achat Made in France serait sans doute rapidement et largement amorti. En effet, un rapide calcul  montre que si chaque habitant affecte environ 58 € par mois de ses dépenses de consommation vers le Made in France, la croissance du Produit Intérieur Brut peut atteindre 1.5%, soit le taux à partir duquel l’économie française crée des emplois au lieu d’en supprimer.

Sachant qu’en 2013, les recettes fiscales des administrations ont représenté 52.9% du PIB, une augmentation de celui-ci de 1.5% représente une hausse des rentrées fiscales de 16.3 milliards d’euros. Répercutée en baisse d’impôt, cela représente une diminution de la pression fiscale de 248 euros par habitant, soit encore plus par foyer fiscal.

Ce chiffre est assez impressionnant, mais c’est encore sans compter sans l’effet multiplicateur sur la croissance d’une baisse d’impôts.

Par l’effet dit du multiplicateur fiscal, chaque baisse d’impôt, permise initialement par la croissance générée par la consommation Made in France, contribue en effet à augmenter le revenu des ménages, et donc la demande des consommateurs, et à renforcer la reprise économique.