Le premier pilier du civisme économique : la consommation « made in France »

L’attitude des Français vis-à-vis du Made in France se résume à trois positions : « le Made in France relève d’un nationalisme ringard et vaguement agressif à l’égard des étrangers » ; « j’achète Made in France le plus souvent possible car c’est essentiel à notre économie et même à l’identité nationale, car il faut sauvegarder nos savoir-faire traditionnels » ; « le Made in France c’est bien, mais les produits fabriqués en France sont trop chers et/ou difficiles à trouver en points de vente ».

Bien que le Made in France (MIF) ne fasse pas l’unanimité, le concept est devenu à la mode dans les medias et l’étiquetage « Fabriqué en France » est devenu plus visible ces dernières années dans les rayons des grandes surfaces et sur les sites de e-commerce.

Pourtant, les obstacles au développement du MIF sont nombreux.

D’abord, l’existence d’une offre MIF variée et accessible à un large public, c’est-à-dire non située sur le créneau du luxe ou du haut de gamme, ou encore associée à une petite entreprise dont la clientèle est locale uniquement, est insuffisante dans plusieurs secteurs de production. Cette faiblesse s’explique en grande partie par le comportement des distributeurs qui augmentent leurs marges en important des produits étrangers à plus bas coût de production, avec souvent une faible répercussion sur le prix de vente au consommateur. L’éviction des producteurs français par les distributeurs interdit dès lors de laisser le choix aux consommateurs de consommer français.  

Ensuite, la réglementation européenne condamne tout ce qui peut ressembler à du protectionnisme et pour cela n’autorise qu’un marquage d’origine des produits facultatif pour les fabricants. Ce marquage ne précise pas la part de la valeur sous-traitée à l’étranger.

Enfin, l’efficacité économique du Made in France a été critiquée par certains économistes au motif que l’achat de produits Made in France induit un surcoût que les ménages compenseront en réduisant leur consommation de services, ce qui aurait un effet neutre ou défavorable sur l’emploi. Le surcoût est certes un frein au Made in France puisque les sondages montrent que 66% des Français sont prêts à privilégier le Made in France, mais pour une hausse de prix de 8 ou 10% maximum par rapport aux autres produits. Toutefois, le Made in France est souvent associé à un rapport qualité/prix supérieur à celui de ses concurrents, surtout ceux des pays à bas coût de main d’œuvre. Il peut donc exister un surcoût à l’achat de produits Made in France, mais compensé par une durabilité supérieure des articles. Les produits comportant une part de sous-traitance à l’étranger sont bien sûr associés à moins d’emplois que les produits 100% Made in France, mais ils permettent d’afficher des prix compétitifs. Aussi vaut-il mieux consommer des produits partiellement fabriqués en France que pas du tout. D’après un rapport de l’observatoire du Fabriqué en France de 2012, la part française des produits dits fabriqués en France s’élevait à 67.5%. Un chiffre assez élevé pour établir un lien entre le marquage Fabriqué en France et la localisation des emplois dans notre pays.

 

Mais surtout, l’intérêt du contribuable rejoint celui du citoyen, car la croissance économique résultant d’une consommation Made in France génèrerait pour l’Etat des recettes fiscales toujours croissantes, qui pourraient être ensuite répercutées en baisse d’impôt. En effet, un rapide calcul montre que si chaque habitant affecte environ 60 € par mois de ses dépenses de consommation vers le Made in France (141 euros par ménages en moyenne), la croissance du Produit Intérieur Brut peut atteindre 1.5%, soit le taux à partir duquel l’économie française crée des emplois au lieu d’en supprimer.

Sachant qu’en 2014, les recettes fiscales des administrations ont représenté 53.5% du PIB, une augmentation de celui-ci de 1.5% représente une hausse des rentrées fiscales de 17.1 milliards d’euros. Répercutée en baisse d’impôt, cela représente une diminution de la pression fiscale de 258 euros par habitant ou 609 euros par ménage.

Ce gain, loin d’être négligeable, est obtenu en réorientant une part somme toute modérée de nos dépenses de consommation vers les produits fabriqués en France. L’argument selon lequel le Made in France coûte trop cher aux consommateurs ne tient guère. Si chacun réoriente 60 euros par mois de consommation vers les produits fabriqués en France, et que cela lui permet de gagner 21.5 € en baisse d’impôts (258 € par an), alors il faudrait que le surcoût de ces produits fabriqués en France par rapport à des produits importés de qualité équivalente, soit supérieur de 36% pour que le Made in France ne soit pas rentable. Autant dire qu’il existe de nombreux produits pour lesquels ce surcoût est généralement bien inférieur, lorsque surcoût il y a ! Cela vaut donc la peine de prendre le temps de lire une étiquette avant d’acheter. Le développement du Made in France n’est donc pas tant une question économique qu’une question politique. Il dépend du civisme des Français, mais surtout de l’offre de produits français proposés aux consommateurs par les distributeurs. Ce sont donc les filières de distribution des produits fabriqués en France par des PME qu’il faut surtout développer.

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  • Nom du fichier : Consommation made in france 2015
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